La compagnie professionnelle Passerelles Théâtre est, comme d’autres structures ornaises, dans le flou. Clotilde Labbé, sa directrice artistique, est toujours en activité partielle et n’est pas sereine

Clotilde Labbé est la directrice artistique et metteure en scène de la compagnie argentanaise Passerelles Théâtre.

La compagnie a-t-elle pu reprendre ses activités depuis la fin du confinement ?

Je suis toujours en activité partielle et le projet de recruter un attaché de développement a été stoppé pour le moment… Nous avons eu une semaine de répétition, à Colombelles, pour la pièce La nuit juste avant les forêts, immédiatement après la levée du confinement. Le comédien est seul, donc nous n’avons pas eu de problème par rapport au risque sanitaire mais le contexte n’est pas propice aux répétitions. Il est très difficile de se projeter. Pour mon autre spectacle, Tétanie , je devais caler des dates de représentation mais les réponses tardent à venir : les salles ne savent pas comment reprendre, dans quelles conditions. Il y a aussi tous les spectacles qui ont été annulés et qui doivent être reprogrammés et au milieu desquels on doit se faire une petite place. Pour l’instant, une seule date est prévue, en novembre.

Cette situation vous inquiète-t-elle ?

Je suis quelqu’un d’optimiste mais là, on ne sait pas du tout ce qui nous attend et la compagnie n’est pas sereine. Passerelles Théâtre n’est pas la seule dans ce cas. À l’automne 2019 s’est créée la Fédération des compagnies professionnelles de l’Orne, la Fécor. Sur les 28 compagnies ornaises, une douzaine sont dans cette association qui a pris tout son sens pendant le confinement : nous nous sommes serré les coudes. Le but de cette fédération est de défendre nos droits, de nous faire entendre. Nous sommes nombreux mais… Complètement invisibles ! Et avec la crise que nous traversons, le risque, c’est qu’on disparaisse des radars. Car, les compagnies qui seront soutenues, à qui on tendra la main, ce sont celles qui ont déjà pignon sur rue. Nous avons envoyé un appel à la solidarité aux élus locaux, au service culturel de l’Orne, à la direction régionale des affaires culturelles pour être associé à la réflexion sur l’après (lire ci-dessous).

Comment se profile la rentrée ?

Passerelles Théâtre peut heureusement toujours compter sur des financements publics qui concernent des actions culturelles maintenues mais décalées. À vrai dire, nous allons même être hyperactifs de septembre à décembre pour espérer assurer d’autres projets, en 2021. Mais c’est bien sur l’année 2021 que se porte notre inquiétude. Est-ce qu’il y aura des appels à projets ? Les ressources des collectivités ne seront-elles pas affectées à autre chose ?

Où en est le projet « Nous citoyen.ne.s créons ! » ?

On avait bien avancé et nous devions présenter ses différents tableaux comprenant de la danse, du théâtre et de la photo, le 18 juin, au Quai des arts. L’axe choisi, c’était le lien entre l’intériorité et l’extérieur ! Dans ce travail, il y avait énormément de contacts… En même temps, monter un projet tenant compte de la distanciation physique, je ne sais pas si je pourrai. Le théâtre, c’est lié au corps, au vivant. C’est une vraie interrogation pour moi. Tout comme pendant le confinement, je n’ai pas réussi à utiliser les réseaux sociaux. Je ne suis pas une artiste numérique, j’étais même un peu en résistance par rapport à ça. Il y a eu plein d’initiatives pour proposer des choses gratuites et c’est très bien mais, pour moi, c’est dénaturer le lien qu’on a avec les gens. Et je ne suis pas sûre que ça fasse beaucoup de bien à la culture. En tout cas, je suis restée en contact avec les habitantes et les habitants qui participent au projet. En attendant de reprendre en septembre, on se retrouvera le temps d’un pique-nique, le 30 juin…

Extraits de l’appel solidaire de douze compagnies ornaises aux élus locaux (envoyé le 21 mai 2020)

« Nous tenons à vous faire part de nos inquiétudes au regard de la crise que nous subissons de plein fouet, et dire qu’il vous est possible d’agir à votre niveau afin que le secteur de la culture dans l’Orne, comme ailleurs en France, se reconstruise, retrouve son attractivité et son dynamisme, et se réinvente. Notre secteur – comme bien d’autres, nous en avons conscience – est très durement touché par la situation induite par la pandémie de Covid-19. Les interdictions de se rassembler ont mis à mal l’économie déjà précaire de nos structures avant même le début du confinement. […] Dans cette situation nous sommes toutes et tous dans l’impossibilité de travailler actuellement à notre cœur de métier, le spectacle vivant, mais aussi de projeter la reprise de nos activités, partiellement ou pleinement, pour les mois à venir.

Cela a des conséquences sur l’économie de nos compagnies, voire menace l’existence de certaines d’entre elles. Le confinement aura sur nos structures des répercussions sur le reste de l’année 2020 et pour plusieurs années encore, du fait d’un “effet domino “inéluctable. […]

Vous pouvez agir et faire des choix à la hauteur des enjeux. […] Nous vous demandons instamment d’affirmer la nécessité que toutes les collectivités rémunèrent les promesses d’embauches et les prestations (spectacles, ateliers, etc.) qu’elles avaient prévues pour la période du confinement mais aussi pour les mois d’été, et qui ne pourront pas se tenir normalement. […]

Une fois ces problèmes résolus, il faudra alors penser l’après. Le temps long. Cette refondation ne devra pas se faire sans nous, les compagnies œuvrant sur les territoires. Nous sommes prêtes et prêts à nous mettre autour de la table. »

Signataires : Alphageste ; Compagnie Bleu 202 ; Compagnie Mycellium ; Compagnie Ouragane ; Compagnie Veillée d’Armes ; Halem Théâtre ; L’Arsenal d’apparitions ; La compagnie du Théâtre ; Musiconte ; Oulala compagnie ; Passerelles Théâtre ; Théâtre de la Boderie.

Début mai, la FéCOR chiffrait déjà à plus de 300 000 € le chiffre d’affaires perdu pour 17 des 28 compagnies ornaises.

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Ouest-France Marie LENGLET.

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