jan/2018

TETANIE, Clotilde Labbé

TETANIE

 

 

Une traversée entre deux mondes. 3 personnages doivent aller « là-bas » et rencontrent de nombreuses difficultés à avancer vers l’autre monde. Une plongée symbolique sensible et énigmatique qui emmène les spectateurs dans une introspection, l’écoute d’une voix intérieure (celle d’un personnage, la sienne, celles des personnages sur scène?) qui les relient à l’histoire.

Ce texte tente de parler de la difficulté d’avancer avec le poids du traumatisme de violences physiques et sexuelles, sans braquer le spectateur, en le mettant en position d’écoute, sans être dans la victimisation ou l’accusation, en créant un lien sensible avec les spectateur.

L’idée de départ : faire un spectacle sur l’égalité homme femme. Il y a eu de longs mois d’errance, de questionnements, de doutes. J’ai pleuré, j’ai marché, j’ai gambergé et j’ai écrit un texte de plusieurs pages qui venait du plus profond de moi : pourquoi choisir ce thème si vaste, trop vaste. Quel est le fond de l’affaire ? Qu’est-ce que j’ai envie de raconter moi ?
Une porte s’est ouverte. Et j’ai compris que j’avais des choses à raconter, enfouies très profondément et que j’étais seule à pouvoir écrire… Oui je voulais me révolter, pouvoir, avec un spectacle, cracher cette amertume face à un monde où plus rien n’a d’importance, où on croit s’intéresser aux choses à coup de billets et de publicité, d’attachée de communication et de chiffres à gogo alors que des femmes nues sont encore placardées partout et servent à vendre tout et n’importe quoi, Oui j’avais envie de dire ma révolte, de m’arracher à ce bordel épouvantable qui amène une adolescente un peu écervelée à se faire coincer par des mecs parce qu’au fond elle l’a bien cherché, elle était là et n’attendait que ça… ! C’est compliqué de rassembler les idées, d’éviter les pièges, de se frayer un chemin occupé par tellement de mensonges, d’aberrations, et d’absurdités. Comment faire remonter les absurdités ? Comment réparer ces blessures encore ensanglantées de la vie de femmes esclaves et qui baissent la tête ?
Alors, je me suis lancée. Ça a mis du temps pour lâcher prise, pour libérer les mots. C’est une descente dans les profondeurs dont j’avais sûrement peur depuis le départ.
Je me suis mise au travail, mes mots commencent à sortir.
La forme du texte me surprend. Il n’y a pas de réalisme. C’est un noman’s land où des personnages énigmatiques sortent de moi. Ils traversent des sensations, ont des résurgences, des images apparaissent. Cette forme poétique, apocalyptique, m’intéresse parce qu’elle permet de sortir du débat et du marasme médiatique et sociétale qui déforme une souffrance bien profonde qui a besoin de temps pour sortir et pour être comprise.
J’ai envie d’amener le spectateur à entendre la douleur du traumatisme, la lourdeur et la difficulté d’avancer lorsqu’on a vécu des violences physiques ou sexuelles. Mais doucement, sans brusquer, en l’amenant à s’identifier progressivement aux personnages.
La poésie aussi m’a permis de prendre de la distance. Les images poétiques touchent au sensible et à l’émotion.

Clotilde LABBE

Extrait:

A - Qu'est-ce que tu vois ?
C - Des tas de plomb sur une plage immense … je ne vois pas le bout …il y a des milliers de tas empiler là... des vêtements étalés comme pour une cérémonie, des visages d'enfants recouverts de plomb noir, des corps de femmes nues et inertes, on ne sait pas si elles dorment où si elles sont mortes... Je ne sais pas comment on pourrait tout emporter...c'est impossible. Et cette odeur... !
A - Quelle odeur?
C - La mort... le sexe. La mort le sexe et la transpiration vieille de milliers d'années.
B – Viens.
C - Je ne veux pas. Laissez moi tranquille ! Je ne peux plus rien voir entendre sentir. Laissez moi là ! Oubliez moi ! je reste dans le tas de plomb, je vais m'occuper de tout ça. Je vais réveiller les femmes, je vais ramasser les vêtements souillés, transporter les enfants en lieu sur. Laissez moi là, je n'ai plus peur.
A - Si tu as peur !
B - Nous n'avons pas le temps de ramasser tout ça, tu dois avancer ! Le temps presse, il faut continuer d'avancer. Tout ça va disparaître dès que tu ne le regarderas plus. C'est là parce que tu le regardes.
A - Tu nous vois maintenant ? Tu nous entends ?
C - Oui je vous vois, je vous entends mais il reste cette odeur, elle colle à mes vêtements, à mes cheveux et à ma peau, je veux me débarrasser de cette odeur.
A - Il faut un peu de temps, mais tu peux avancer. Ne t'inquiète pas, nous sommes là. Viens.
C - Attendez...
B - Quoi ?
C - Je dois me laver. Ça va aller.
Nettoyer, frotter, astiquer, aspirer, dégraisser, récurer, faire briller, redorer...

Nettoyer, frotter, astiquer, aspirer, dégraisser, récurer, faire briller, redorer...

Nettoyer, frotter, astiquer, aspirer, dégraisser, récurer, faire briller, redorer...

Nettoyer, frotter, astiquer, aspirer, dégraisser, récurer, faire briller, redorer...

Prendre la main. 

Regarder.

Sentir l’émotion.

Ne pas avoir peur.

Loin du bouillonnement capricieux des mots enfouis.

Rassurée.

Ne plus avoir peur.

Réconforté-e.


A - Ça va aller ?

C - Oui ça va aller. Marchons encore.

B - Droit devant, il ne faut plus s'arrêter.

A - Si on s'arrête, on ne sait pas ce qu'on va trouver encore, il faut avancer et ne plus se laisser distraire par le brouillard du silence.


Reculer, tourbillonner.

Corps figé.

Se faire surprendre.

Reculer.

Basculer.

Cul par dessus tête...

Tête par dessus cul.

Dire et redire.

Se taire.

Résidence de création:

Du 5 au 9 mars : Argentan dans le cadre du projet « les hommes et les femmes dans la ville » partenaires CGET, DRAC Normandie, Région Normande, Département de l’Orne, CAF de l’Orne, Ville d’Argentan, Fondation SNCF.

jan/2018

NEWS COMPAGNIE PASSERELLES-THEATRE Janv 18

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Nous vous souhaitons une belle année 2018. Qu’elle soit riche en découvertes et en aventures, en émotions et en rencontres artistiques! Voici quelques évènements à noter pour ce début d’année

CET ENFANT de JOËL POMMERAT,
Mise en scène Clotilde Labbé
Samedi 24 février à 18h
(Salle du Pavillon, rue du Pavillon Falaise)Avec Marie Laure BAUDAIN, Etienne BRIAND, Laura DEFORGE, Samuel DESFONTAINES, Olivier DUPUY, Joanne GENINI et les habitants de Falaise
Assistante Chorégraphe : Sophie DISTEFANO
Création Lumières : T. Sebastião TADZIO

Laura Déforge Cet enfant Joël Pommerat Photo Emilie SFEZ

Une succession de scènes courtes autour de la relation parents-enfants avec des personnages durs et fragiles, terriblement humains.

Dans le cadre du Festival Théâtre Émois de la ville de Falaise et de Théâtre en action (partenaires Ville de Falaise, Département du Calvados, Fondation SNCF) Réservation vivement conseillée : 02 31 90 89 60

TÉTANIE*
de Clotilde Labbé
Une traversée entre deux mondes. 3 personnages doivent aller « là-bas » et rencontrent de nombreuses difficultés à avancer vers l’autre monde. Une plongée symbolique sensible et énigmatique qui emmène les spectateurs dans une introspection, l’écoute d’une voix intérieure (celle d’un personnage, la sienne, celles des personnages sur scène?) qui les relient à l’histoire.
Vendredi 9 mars à 19h Quai des Arts rue de la Feuille Argentan : Présentation d’étape de travail
Mise en scène Clotilde Labbé
Avec: Laura Déforge, Samuel Desfontaines et Guiillaum Hincky

Ce texte tente de parler de la difficulté d’avancer avec le poids du traumatisme de violences physiques et sexuelles, sans braquer le spectateur, en le mettant en position d’écoute, sans être dans la victimisation ou l’accusation, en créant un lien sensible avec les spectateurs.

Résidence de création : du 5 au 9 mars à Argentan

*Dans le cadre du projet « Les hommes et les femmes dans la ville » Partenaires : CGET, DRAC Normandie, Région Normande, Département de l’Orne, CAF de l’Orne, Ville d’Argentan, Fondation SNCF.

ACTIONS CULTURELLES
Mardi 20 février 18h30 : “L’angoisse des jeunes face à la liberté”
Spectacle créé par les participants à Théâtre en action Théâtre du Forum Falaise, dans le cadre de Festival Théâtre Émois Falaise Partenaires Département du Calvados, Ville de Falaise, Fondation SNCF
9 mars 18h Quai des Arts : “Lever le silence, ce n’est pas encore gagné”
Spectacle créé dans le cadre du projet « Les hommes et les femmes dans la ville » Partenaires : CGET, DRAC Normandie, Région Normande, Département de l’Orne, CAF de l’Orne, Ville d’Argentan, Fondation SNCF.
Jeudi 26 avril 19h30 La cité Théâtre, rue de Bretagne, Caen
Spectacle créé en 4 mois par les stagiaires. Cette action co-animée par ENEFA et Passerelles Théâtre est développée dans le cadre du PLIE (Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi) dispositif porté par la MEFAC, financé par le FSE et le Conseil Régional de Normandie.